4 oct. 2019

La Musique d'Erich Zann de H. P Lovecraft (1928)

La Musique d'Erich Zann, extrait du recueil de nouvelles Je suis d'ailleurs, rédigé en 1928 par H. P Lovecraft. 


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Résumé :


Rencontrant des difficultés financières, un jeune étudiant d'université se voit contraint de se loger au seul endroit où ses maigres moyens le lui permettent. Dans une partie étrange de la ville où il n'avait encore jamais été auparavant, « la rue d'Auseil », il trouve un appartement dans un immeuble presque vide. L'un des rares locataires du lieu est Erich Zann, un vieil homme d'origine allemande, qui est muet et joue de la viole dans un orchestre local. Il vit à l'étage supérieur, et lorsqu'il est seul, la nuit, il joue d'étranges mélodies jamais entendues auparavant. Au fil du temps, le jeune homme gagne la confiance de Zann et apprend ses secrets: le vieil homme a découvert des mélodies et des rythmes d'une nature plus qu'étrangère à notre monde. Zann joue sa musique pour garder d'étranges créatures invisibles éloignées de sa fenêtre qui semble s'ouvrir sur un sombre abîme, probablement une autre dimension.

Éternelles clés du fantastique : cette maison dont un soir on s'est enfui, où pourtant on a habité, et qu'on ne sait retrouver dans la ville... Et comment une musique peut vous dévorer l'âme, dévorer réellement l'âme de celui qui la joue. Sur un thème directement venu de Hoffmann, la force de Lovecraft est de nous faire partager son imaginaire de la ville (Providence), sa hantise de la nuit. Mais ne jamais oublier que lui-même enfant étudia la violon, et que lorsqu'il veut parler construction de récit, fascination d'une histoire, construction technique d'un récit, c'est toujours à l'art du violon qu'il emprunte ses images.

Extrait :


J’ai examiné des plans de la ville avec le plus grand soin, et pourtant, je n’ai jamais pu retrouver la rue d’Auseil. Je n’ai pas seulement parcouru des cartes récentes, car je sais que les noms de rues changent avec le temps. Je me suis au contraire plongé dans l’histoire de ces lieux, et j’ai exploré chaque recoin dont le nom aurait pu rappeler celui de la rue d’Auseil. Malgré tous mes efforts, je garde un souvenir amer de n’avoir pas su retrouver la maison, la rue, ni même le quartier où, sans le sou, j’ai habité pendant mes derniers derniers mois d’études de métaphysique à l’université. C’est dans la rue d’Auseil que j’ai entendu la musique d’Erich Zann.

Je me doute bien que ma mémoire est défaillante ; car dans cette période, ma santé physique et mentale a été gravement perturbée, et parmi les quelques connaissances que je me suis faites, aucune n’habitait la rue d’Auseil. Cette rue était à une demi-heure à pied de l’université, et toute personne y étant passée pourrait la reconnaître entre toutes par ses particularités. Il est d’autant plus déconcertant et singulier ne pas pouvoir retrouver ce lieu. D’ailleurs, aucune des personnes que j’ai rencontrées ne connaissait la rue d’Auseil.

La rue d’Auseil était traversée par une sombre rivière, encadrée par des entrepôts de brique aux fenêtres ternes, et qu’enjambait un pont de pierre noire. L’atmosphère était toujours sombre autour de cette rivière, comme si la fumée des usines formait un écran pour cacher le soleil. La rivière charriait des relents immondes ; je n’ai jamais senti une telle puanteur. Si je retournais là-bas, je reconnaitrais tout de suite cet endroit à son odeur. De l’autre côté du pont, des rails longeaient les pavés, et puis la rue suivait une pente douce, pour finir dans une montée abrupte.

Je n’ai jamais vu une rue aussi pentue et étroite que celle-ci. C’était presque une falaise, inaccessible à tous les véhicules, qui prenait parfois la forme d’un escalier et finissait par un grand mur couvert de lierre. Son revêtement irrégulier était fait de dalles de pierre et de pavés ; ici et là on trouvait des portions de terre, où vivotait une végétation grisâtre. De grandes et vieilles maisons, aux toits pointus, se tenaient là. Par je ne sais quelle folie, elles étaient penchées en avant, en arrière, ou sur les côtés. Parfois deux maisons en vis-à-vis se penchaient l’une vers l’autre, et formaient presque une arche au-dessus de la rue, qui restait à moitié dans la pénombre. Quelques passerelles passaient même au dessus de la rue d’une maison à l’autre.

Les habitants de cette rue m’impressionnaient particulièrement. Je ne savais pas pourquoi, mais je pensais au départ que c’était à cause de leur silence, de leur timidité. Plus tard, j’expliquai cela par leur grand âge. Je ne sais plus ce qui m’a amené à habiter dans cette rue, en tout cas, je n’étais plus moi-même à ce moment-là. J’avais l’habitude de vivre dans des quartiers pauvres, dont je me faisais expulser par manque d’argent. Mais un jour, je me suis fixé dans cette maison branlante de la rue d’Auseil, tenue par un paralytique nommé Blandot. C’était la troisième maison depuis le haut de la rue, et la plus haute de toutes.

Ma chambre était la seule à être occupée au cinquième étage, d’ailleurs la maison était presque vide. Dès la première nuit, j’entendis une étrange musique dans la mansarde juste au-dessus. J’interrogeai Blandot le lendemain, et il m’indiqua que le musicien était un vieux violoniste allemand, du nom d’Erich Zann. L’homme était sourd et jouait le soir dans un orchestre de théâtre médiocre. Selon Blandot, le vieillard avait choisi cette grande mansarde isolée car il pourrait y jouer de la musique en pleine nuit. De plus, la fenêtre de cette mansarde était la seule où l’on pouvait voir le paysage au delà du mur qui délimitait la rue d’Auseil.

Par la suite, j’entendais la musique d’Erich Zann. J’étais habité par cette musique bizarre qui me tenait éveillé. Je n’étais pourtant pas musicien, mais j’étais sûr que ses harmonies n’avaient aucun rapport avec les mélodies que je connaissais. J’en conclus qu’il composait avec un génie absolument original. Plus j’écoutais, plus j’étais fasciné. Un jour, n’y tenant plus, j’ai décidé de faire la connaissance de ce vieil homme.

Un soir, alors qu’il rentrait, j’apostrophai Zann dans le couloir et lui dis que j’aimerais faire sa connaissance et le voir jouer. C’était un petit homme maigre, voûté et vêtu d’habits usés. Il avait les yeux bleus, un visage de faune grotesque et une calvitie avancée. Je lisais dans ses yeux à la fois la crainte et la colère, mais mon amabilité l’adoucit quelque peu et, à contre-cœur, il me fit signe de le suivre dans l’escalier grinçant, branlant et sombre. Deux chambres avaient été aménagées dans les combles, la sienne donnait vers l’ouest, du côté du grand mur au bout de la rue. Cette chambre paraissait vaste, d’autant plus grande qu’elle était négligée et presque vide. Il n’y avait que quelques meubles : un lit en fer, un lavabo miteux, une petite table, une grande bibliothèque, un pupitre en fer et trois chaises d’un autre temps. Quelques tas de partitions trainaient sur le sol. Les murs de planche n’avaient sans doute jamais été recouvert de plâtres. On aurait cru que cette pièce était abandonnée en voyant la poussière et les toiles d’araignée. Le monde de beauté d’Erich Zann se cachait apparemment dans les lointains cosmos de l’imagination.

L’homme fit signe de m’asseoir, il ferma la porte, tourna la grande serrure en bois et alluma une bougie, en plus de celle qu’il avait apportée avec lui. Il sortit son violon de son étui mité, et il s’assit pour jouer sur la chaise la plus inconfortable des trois. Il n’employait pas son pupitre, mais, sans me laisser le choix et jouant de tête, il m’enchanta pendant plus plus d’une heure avec des morceaux que je n’avais entendus auparavant, et qu’il devait tirer de sa propre invention. À qui n’est pas versé dans la musique, il est impossible de décrire ces mélodies. Elles formaient une sorte de fugue avec des airs récurrents des plus mémorables, mais je notais avant tout l’absence des notes bizarres que j’avais entendues auparavant depuis ma chambre.

J’avais mémorisé ces notes obsédantes, je les sifflotais et les marmonnais souvent à moi-même, sans en être vraiment sûr. Quand le musicien posa finalement son archet, je lui demandai s’il pouvait les jouer devant moi. Dès mes premiers mots, le visage de satyre ridé d’Erich Zann perdit le calme ennuyé qu’il affichait en jouant, et je revis le curieux mélange de crainte et de colère qu’il avait montré quand je l’avais interpelé. Un moment, j’essayai de le persuader, car je prenais à la légère ses caprices de vieillard ; je me risquai même à exciter son tempérament lunatique en sifflant quelques notes que j’avais entendu la nuit dernière. Je ne pus continuer bien longtemps. Dès que le musicien sourd reconnut l’air, son expression changea inexplicablement pour montrer une visage tordu et maussade. Mon imitation maladroite s’arrêta quand il posa sa main longue, froide et osseuse sur ma bouche pour me faire taire. Il fixa ensuite un regard étonné sur la fenêtre solitaire masquée par un rideau, comme s’il redoutait de voir arriver un intrus. Son attitude était doublement absurde, car sa mansarde s’élevait haute et inaccessible au dessus des toits du voisinage. À ce que le concierge m’avait dit, cette fenêtre était la seule de la rue en pente d’où on pouvait voir au delà du mur au sommet de la rue d’Auseil.


La remarque de Blandot me revint à l’esprit en voyant le regard du vieillard, et il me vint le caprice de regarder, à travers cette fenêtre, le large et étourdissant panorama dont seul ce musicien grincheux, parmi tous les habitants de la Rue d’Auseil, pouvait profiter. J’imaginais, au delà de la colline, les lumières de la ville et les maisons au clair de lune. Je m’approchai de la fenêtre dans l’intention d’écarter les rideaux banals qui la couvraient, quand mon voisin sourd me saisit avec une fureur que je n’avais encore pas vue chez lui ; cette fois, il me montrait la porte avec sa tête tout en me trainant en arrière de ses deux mains. Comme l’attitude de mon hôte me choquait clairement, je lui ordonnai de me lâcher, en indiquant que je partais sur le champ. Il desserra son étreinte et, comme il vit que j’étais choqué et courroucé, sa colère sembla s’apaiser. Il m’agrippa de nouveau, mais cette fois d’une manière plus amicale, pour me faire asseoir sur une chaise. Il s’installa lui-même sur la table en désordre, saisit un crayon et mit du temps à écrire un message dans son français laborieux.


Le papier qu’il me tendit m’incitait au pardon et à la tolérance. Zann se présentait comme un vieillard solitaire, souffrant de peurs bizarres et de troubles nerveux, qui étaient liés à sa musique et à d’autres choses encore. Il appréciait que je vienne l’écouter jouer, il souhaitait que je revienne et que je pardonne des excentricités. Cependant, il ne pouvait jouer ses mélodies bizarres devant personne, ni ne supportait que d’autres les reprennent. Il ne tolérait pas non plus qu’on touche aux affaires qu’il avait dans sa chambre. Jusqu’à notre conversation dans le couloir, il n’avait pas réalisé que je pouvais l’écouter jouer depuis ma chambre. Il me priait de m’arranger avec Blandot pour trouver une chambre dans un étage inférieur où je ne l’entendrais plus jouer la nuit. Il était même prêt, écrivait-il, à me rembourser les frais supplémentaires.

En déchiffrant son français exécrable, je me pris de clémence pour le vieil home. Il semblait vraiment souffrir, physiquement et nerveusement, tout comme moi ; mes études de métaphysique m’avaient appris la bonté. Un léger bruit se fit entendre depuis la fenêtre — les volets devaient grincer au vent nocturne, et pourtant je frissonnais d’un coup, tout comme Erich Zann. Ayant fini ma lecture, je serrai la main de mon hôte, et pris congé en ami.

Le lendemain, Blandot m’installa dans une chambre plus chère du troisième étage, entre l’appartement d’un vieil usurier et la chambre d’un respectable tapissier. Le quatrième étage était vide.

Je ne mis pas longtemps à comprendre que Zann ne recherchait pas autant ma compagnie qu’il ne l’avait dit ce soir là, alors qu’il m’invitait quitter le cinquième étage que j’occupais au début. Il ne n’invita pas chez lui, et quand je lui rendis visite, il avait l’air gêné et joua de sa musique distraitement. Je ne l’appréciais pas plus qu’auparavant, mais sa mansarde et son étrange musique continuaient de me fasciner. J’avais le curieux désir de regarder à travers cette fenêtre, pour voir les pentes au delà du mur et les toits brillants qui s’étendaient dans la ville. Une fois je montai à la mansarde alors qu’il travaillait, à l’heure du spectacle, mais la porte était fermée.


H.P Lovecraft

27 sept. 2019

"Rising Sun" dans la Note blanche

La Note Blanche revient sur les ondes de Radio balises pour vous offrir comme d'habitude une heure de pur son encore bien cosmique ...



Retrouvez et écoutez le podcast de l'émission en cliquant sur les liens ci-dessous : 



Pour cette émission, je vous propose de nous envoler avec un classique de la soul musique : Mister Curtis Mayfield ! Chanteur, auteur et compositeur de soul, Curtis Mayfield est notamment connu pour la bande originale du film Blaxploitation « Superfly ». Après avoir fait partie du groupe The Impressions, le chanteur se lance dans une carrière solo. Il devient probablement le premier de la nouvelle vague de chanteurs afro-américains à introduire des commentaires à caractère social dans ses chansons. Cette musique engagée devient très populaire pendant une période particulièrement difficile socialement dans les années 60/70. Mayfield fut un des pionniers de la fierté noire aux côtés de James Brown ou de Sly Stone. Il atteint l’apogée de sa carrière en 1972 avec l’album « Superfly » qui est en fait la bande originale du film portant le même nom. Par conséquent, les paroles de cet album sont très engagées et évoquent la politique du gouvernement envers la communauté noire dont l’état des ghettos. Ce genre de paroles n’étaient jamais encore entendues jusqu’alors dans un film de la blaxploitation. Les BO comme celle de Shaft pour Isaac Hayes, avaient plutôt pour habitude de glorifier les héros dans leurs excès. Avec l’album « What’s going on » de Marvin Gaye et celui d' "Innervisions " de Stevie Wonder, « Superfly » devient l’étendard d’une nouvelle conscience sociale et celui d’un nouveau style funky. 

Mayfield est très productif durant les années 70/80 et est suivi par un public fidèle. Cependant il s’arrête brusquement en 1990 lorsqu’un projecteur lui tombe dessus à un concert ce qui le rend paralysé à vie ! A cause de cet accident, il ne pourra joué de guitare mais il continuera à écrire et chanter. Suite à cela, sa tragédie ne fait qu’empirer car il se fait amputer d’une jambe pour cause de diabète ! Il décède le 26 décembre 1999 en Georgie. Et c’est sur cette note grave et triste que je vais dès à présent vous passer quelques extraits de ses plus grands hits !

Branchez vos casques pour un hommage à la voix sensuelle de Curtis Mayfield dans la Note Blanche ...


Suite à la voix suave de Curtis Mayfield, nous irons faire un petit détour à la Nouvelle-Orléans. La Nouvelle-Orléans qui est, je le rappelle, le berceau de la musique afro-américaine ! Cette ville est mythique grâce à son histoire, ses traditions et sa musique bien évidemment ! C'est avec des chants mysticos-vaudous du producteur et musicien King Britt que nous décollerons au fin fond des bayous ! Par conséquent,  nous enchaînerons par les titres « New World in my view » et « Precious lord lead on me» extraits de l'album « Sister Gertrude Morgan » sorti en 2005 sur le label Ropeadope Records ! Enfin, nous poursuivrons notre quête mystico-spirituelle avec un gospel intitulé « Sign of the Judgement », interprété par le groupe McIntosh County Shouters et sorti en 1994 sur le label Folkways !

La Note blanche vous souhaite un bon voyage à la Nouvelle-Orléans en musique ...


Puisque nous serons déjà à la Nouvelle-Orléans,  nous écouterons un classique du genre avec la fameuse ballade : « The House of the Rising Sun”!Pour la petite histoire, "The House of the Rising Sun" est une chanson traditionnelle de folk américaine. Elle est aussi connue sous le nom de "Rising Sun Blues". De nombreuses versions de la chanson existent, car elle a été reprise maintes fois notamment par le groupe folk rock The Animals. La chanson raconte l'histoire d'une vie qui a mal tourné à la Nouvelle-Orléans. La dite « maison » (house) pourrait désigner une maison close, un établissement de jeu, voire une prison. Cependant l'existence ou non de l'établissement a donné lieu à de nombreuses spéculations. La signification varie selon l'interprète. Effectivement, le point de vue peut être celui d'une prostituée ou d'un jeune homme corrompu par le jeu et l'alcool, selon que l'interprète soit un homme ou une femme. De nombreuses versions invitent également un frère un parent ou des enfants à éviter ces mauvais coups du sort. Pour raconter cette histoire en musique, j'ai choisi l'interprétation de la diva Nina Simone ! Nous tendrons l'oreille une nouvelle fois vers une vieille légende populaire de cette ville mythique :  “The House of the Rising Sun” chantée par Nina Simone et extrait de l'album éponyme “ The House of the Rising Sun” sorti en 1990 sur le label That's Jazz !

La Note blanche vous souhaite une bonne ballade en musique dans les rues de la Nouvelle-Orléans auprès de la grande et magnifique Nina Simone ...

 

La Note blanche achèvera son émission sur cette  balade légendaire! Mais attention, comme d'habitude, la Note blanche revient mercredi prochain à 11h pour la rediffusion de cette émission et tous les samedis à 17h pour de nouvelles surprises musicales ! Si vous en voulez encore, sachez que vous pouvez vous rendre sur la page officielle de l'émission afin de podcaster, télécharger et tout savoir sur les titres diffusés en tapant https://radiobalises.com/ !


Playlist : 


  • Générique : « Musiqawi-silt » The Daktaris
  • Mixe 1 : Curtis Mayfield  1)«(Don't worry) If There's a tell below we're all gonna go »2)« Give me your love »,3)« Pusherman » 4)« No thing on me (cocaïne song) »5)« Superfly »6) « Move on up » (30'41)
  • Mixe 2 : King Britt 1)« New World in my view » 2)« Precious lord lead on me » 3)McIntosh County Shouters« Sign of the Judgement » (11'01)
  • Mixe 3 : Nina Simone  « The House of the Rising Sun” (07'05)
  • Générique : « Musiqawi-silt » The Daktaris


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Emission rédigée et réalisée par la Note blanche

26 sept. 2019

Lettre d'Anaïs Nin à Henry Miller :

Anaïs Nin (1903-1977) et Henry Miller (1891-1980) étaient des écrivains transgressifs et passionnés qui se sont tous les deux nourris du travail de l’autre. Ils vécurent une relation sulfureuse à la suite de la liaison qu’avaient entretenue Anaïs avec la femme d’Henry, June. Elle lui écrit cette lettre au moment où leur relation commence à changer de nature, alors qu’ils sont encore à l’aube de la passion ardente qu’ils s’apprêtent à vivre.

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"J'ai des bouffés d'amour qui 
m'étouffent la nuit"

9 mars 1932

[Henry]

Je n’avais pas l’intention de vous brûler hier — j’étais couchée, comme dans un rêve, et tellement liquéfiée que j’étais incapable de vous entendre vous lever, je voulais m’accrocher à ce moment. Quand j’y pense maintenant, cela me fait mal de vous avoir brûlé — dites-moi que vous me pardonnez —, c’était inconscient.

Je n’arrive pas à vous écrire, Henry, bien que je sois restée éveillée toute la nuit pour vous parler, pour te parler, de l’homme que j’ai découvert hier… l’homme que j’avais « pressenti » dès le premier instant — toutes les montagnes de mots, de citations, de phrases se sont écroulées, je ne vois plus que la splendeur, la splendeur aveuglante de votre chambre, et ce moment irréel — comment un moment peut-il être à la fois si irréel et si chaud — si chaud.

Vous voulez savoir tant de choses. Je me souviens de votre réflexion : « Seules les putains m’apprécient. » J’avais envie de répondre : avec les putains, c’est une histoire de sang, il y a trop d’esprit entre nous, trop de littérature, trop d’illusion — mais alors, vous avez nié qu’il fût seulement question d’esprit…

Mon visage vous fait croire que je place mon attente si haut, si haut… mais vous savez maintenant que mon esprit n’est pas le seul à vous comprendre.

Vous comprendre, de façon chaotique. J’aime en vous cette douceur étrange, traîtresse, qui se transforme toujours en haine. Comment vous ai-je choisi ? Je vous ai vu, de ce regard intensément sélectif — j’ai vu une bouche qui était à la fois intelligente, animale et douce… curieux mélange ; un homme humain, avec une conscience sensuelle des choses — j’aime la conscience —, un homme, je vous l’ai dit, que la vie enivrait. Votre rire n’était pas un rire capable de blesser, il était riche et moelleux. J’avais chaud, j’étais étourdie, et je chantais intérieurement. Vous disiez toujours les choses les plus vraies et les plus profondes — lentement — et vous avez une façon bien à vous de parler, un peu comme un homme du Sud — hem, hem — en traînant sur les mots, toujours parti dans votre propre voyage intérieur — une voix qui m’a touchée.

Juste avant de vous rencontrer, comme je vous l’ai dit, j’avais voulu me suicider. Mais j’attendais de vous rencontrer, comme si cela pouvait résoudre quelque chose — et ça a marché. Quand je vous ai vu, je me suis dit : voici un homme que je pourrais aimer. Et, du coup, je n’avais plus peur de mes sentiments. Je n’ai jamais pu aller jusqu’au bout de mon désir de mort (cette idée de tuer à jamais le romantisme), quelque chose me retenait. Et je ne peux agir que de tout mon être.

J’ignore si c’était de l’amour — il y eut un long intermède (à cause de mon amour pour June). Henry — mon amour pour June est toujours là. Hier, je n’ai pas pu supporter la vue de sa photographie. Elle nous possède tous les deux — tout le reste n’est qu’une victoire temporaire.

Je croyais être amoureuse de votre esprit et de votre génie (je vous ai lu ce que je pensais de votre esprit et de vos écrits) — avec June, c’est le chaos. Je sentais que vous m’observiez. Je ne voulais pas de l’amour parce qu’il signifie le chaos, parce qu’il fait vaciller l’esprit comme des lanternes sous le vent. Je voulais me montrer très forte devant vous, je voulais être contre vous — vous aimez tellement être contre tout ! Moi j’aime être pour. Vous caricaturez. Il faut aller vite pour caricaturer. Moi je choisis, j’aime — j’ai des bouffées d’amour qui m’étouffent la nuit —, comme dans ce rêve que tu as essayé de rendre réel hier — oui, de clouer dans ton baiser dévorant.

Quand vous me sentirez distante, en retrait, Henry, ce sera June. Quel fut votre pouvoir, ce premier jour, pour réussir à m’arracher les pages que j’avais écrites sur elle dans mon Journal. Vous ignorez à quel point je me protège, je protège mes sentiments. C’est drôle comme vous réussissez à tirer de moi la vérité.

Henry, moi aussi, j’ai envie de m’asseoir et de vous écrire longuement, comme si cela allait me rapprocher de vous. Je ne vous ai jamais dit la joie que j’ai éprouvée à votre retour de Dijon ; quelle joie, si intense, je ressens chaque fois que je vous vois agir de manière spontanée, comme moi. Et quelle joie encore lorsque, en plein délire, vous dites soudain quelque chose de très profond, comme des illuminations de vie — une lanterne qui ne s’éteint jamais complètement ; j’aime cela aussi. Une vie sombre, et puis cette conscience — j’apprécie cela, vous me comprenez ? —, c’est comme une intensification de tous les plaisirs. J’aime le créateur en vous, également — celui qui enrichit la vie et lui donne une dimension incompréhensible pour les autres. J’aime votre sincérité et aussi votre insincérité (j’étais ravie lorsque vous vous êtes aperçu, au milieu d’une lettre que vous étiez en train de m’écrire, que celle-ci pouvait très bien constituer une préface).

« On se pénètre non par les sensations, mais par la pensée », je me le demande.

Je ne serai pas chez Natacha demain — écrivez-moi, ou appelez-moi à la maison le soir juste pour me dire ce que vous avez envie de dire ou de faire. Je répondrai seulement par « oui » ou par « non » s’il y a quelqu’un dans la pièce. J’ai bien peur de ne pouvoir vous voir demain, mercredi, et pourtant j’ai tellement de choses à vous dire sur cette — dernière — partie de votre livre, qui est extraordinaire.


A.

18 sept. 2019

"Cosmic Girl": Retour de la Note blanche sur les ondes de Radio Balises !

La Note Blanche fidèle au poste, fait son grand retour sur les ondes de Radio Balises pour cette rentrée 2019 ...



Retrouvez et écoutez l'émission en cliquant sur les liens ci-dessous :



La Note blanche va ouvrir d'autres chapitres musicaux et explorer à nouveau l'histoire de la musique afro-américaine pour votre plus grand plaisir! Revenons à nos moutons, revenons à notre chère émission puisque pour la rentrée je tenterai d'agiter vos popotins en musique! Je vous proposerai de tendre l'oreille vers un modèle plus contemporain  avec le groupe  Jamiroquaï! Petit rappel, Jamiroquaï,  est un groupe de musique anglais, mené par le chanteur Jay Kay. C’est à Londres, au début des années 1990, qu’il se fait une place dans le mouvement acid jazz en plein essor. Jamiroquai impose très vite son style parmi les groupes de l’époque . Actuellement le groupe a acquis une renommée mondiale, tout en ayant su faire évoluer sa musique. Son dernier album en date est Automaton, sorti en 2017. 
Au cours de sa carrière, Jamiroquai a incorporé des éléments de funk, de pop, de soul, de disco, d'acid jazz, de musique électronique ou encore de rock dans sa musique. Le style musical du groupe évoluant au fil des albums, il est difficile de lui affilier un genre particulier même les bases de la funk traditionnelle sont bien enracinées dans sa musique ...

Faites vos premiers pas funkys dans la Note blanche sur Radio balises 99.8 ...


Après l'échauffement, nous passerons à l'acid jazz avec des incontournables du genre comme par exemple Donald Byrd,et avec évidemment de nombreuses surprises musicales à l'horizon ! Le trompettiste Donald Byrd faisait parti du mouvement de « l'acid jazz ». « Acid jazz » est le nom donné à un style musical né dans les boîtes de nuit londoniennes et qui combine jazz, soul, funk et même le hip-hop ! Il partage avec le rap une certaine tendance au sample, c'est-à-dire à la citation de fragments de musicaux. Par exemple, un musicien d'acid jazz peut écrire un morceau à partir d'une ligne de basse provenant d'un disque des années 70 et ainsi la traiter électroniquement jusqu'à la rendre méconnaissable, puis y rajouter des couches instrumentales. L'acid jazz tire son inspiration du jazz-funk des années 60/70. Pour certains, ce n'est pas du jazz à proprement parler car l'improvisation, le swing et les solos individuels y jouent des rôles très secondaires. Parmi les musiciens à en avoir joué nous pouvons citer le guitariste Grant Green, l'organiste Charles Earland, les saxophonistes Houston Person et Lou Donaldson, le vibraphoniste Roy Ayers et enfin, le trompettiste Donald Byrd ! Donald Byrd est un trompettiste né à Détroit dans le Michigan. Il a joué avec Lionel Hampton avant de quitter l'école. Alors qu'il est encore à l'école de Manhattan, il remplace Clifford Brown auprès de Art Blakey puis joue avec de très nombreux jazzmen dont John Coltrane, Sonny Rollins, Herbie Hancok et Thelenious Monk ! Dans les années 70, Donald Byrd s'éloigne du mouvement hard-bop et se tourne vers le jazz-fusion, le jazz-funk, le soul-jazz et le rhythm and blues. Il produit alors les albums Places & Spaces, Steppin' Into Tomorrow et Street Lady.

Je vous souhaite un bon voyage cosmique vers la planète acid jazz de Donald Byrd dans la Note Blanche ...


Nous poursuivrons sur notre lancée soul mais cette fois-ci en compagnie du musicien Isaac Hayes ! Pour les présentations, Isaac Hayes est originaire du Tennessee et était chanteur, producteur et compositeur de soul ainsi qu'un acteur américain ! Après avoir joué quelques sessions aux côtés d'Otis Redding, Isaac s'associe avec David Porter et le duo donna le jour aux succès de Sam and Dave notamment avec les titres «Hold On I'm Comin ou Soul man » En 1967, Isaac Hayes relance sa carrière avec l'album « Presenting Isaac Hayes, Hot buttered soul ». Suite à cela, il sort les albums « The Isaac Hayes Movement et To Be Continued » en 1970 puis « Black Moses » en 1971. Le film de la blaxploitation « Shaft » sortit aussi pendant ces années là. Le titre phare devint un énorme hit à la fois dans les charts pop et R&B puisqu'il atteint la première place. D'autres BO suivirent dans le genre pour le film « Tough Guys » en 1973 et « Truck Turner », en 1974, dans lequel il assure d'ailleurs le rôle principal. Après tout ça, Isaac quitta le label Stax records en 1975 suite à des litiges sur les royalties et il monta son propre label intitulé Hot Buttered soul mais manque de bol, il fit faillite l'année suivante. En 1977, le double album « A man and woman » enregistré avec Dionne Warwick manisfesta un redémarrage de sa carrière. Il produit également la même année l'album « Here's My Love » pour l'artiste Linda Clifford. Musicalement, le musicien fait une pause de 5 ans avant de réapparaître sur le devant de la scène avec Ike's Rap, un single qui a une nouvelle fois fait le top 10 ! Mais deux plus tard, il remet la musique de côté pour se concentrer sur sa carrière d'acteur. On le voit notamment dans le film « New York 1997 » de John Carpenter où il tient le rôle du Duc de New-York et pour l'anecdote, sachez qu'en 1997 il accepte de doubler la voix du Chef dans ma charmante série préférée South Park ! Bref ! Après une très longue carrière dans la musique et le cinéma, Isaac Hayes meurt le 10 aout 2008 à 65 ans suite à des problèmes cardiaques.

Place à la musique d'Isaac Hayes en écoutant  le somptueux et sublime morceau « Walk on by » qui séduira les romantiques. Ensuite nous entendrons le fameux thème extrait du film « Shaft », puis les titres «Truck turner » et « Breakthougt » et en bonus, vous aurez le privilège d'écouter « Walk on by » samplé par le Wu-tang avec leur morceau inoubliable « Ican't go to sleep ». Tous ces extraits proviennent des albums : « Truck Turner » sorti en 1973 chez le label Stax et du fameux best-of réunissant tous les bijoux d'Isaac Hayes sorti en 2007 également chez le label Stax !

A vos postes chers auditeurs pour une session soul romantico-sensuel grâce à Isaac Hayes dans la Note Blanche ...


Je me vois dans l'obligation de vous quitter mes chers auditeurs car l'émission a fait sonner ses dernières notes ! Cependant la Note blanche, toujours fidèle au poste, revient mercredi prochain à 11h pour la rediffusion de cette émission et tous les samedis à 17h pour de nouvelles aventures en musique! Si vous encore soif des rythmes divers et variés de la Note Blanche, sachez que vous pouvez aussi vous rendre sur la page officielle de l'émission afin de podcaster, télécharger et de tout savoir sur les titres diffusés en tapant https://radiobalises.com/ ! 


Playlist :


  • Générique : « Musiqawi-silt » The Daktaris
  • Mixe 1 : Jamiroquaï 1) « Cosmic Girl » 2)« Runaway » 3) Johnny Hammond « Los Conquistadores Chocolatès » (13'01)
  • Mixe 2 : Donald Byrd : « Stepping into tomorrow », « Night Whistler », « Places & Spaces » (27'47)
  • Mixe 3 :  Isaac Hayes + The W-Tang : 1)« Walk on by », 2)« Shaft »,3) «Truck turner »,4)« Breakthougt »5) « I Can't Go to Sleep » (14'59)

Retrouvez et écoutez l'émission en cliquant sur les liens ci-dessous :




Emission rédigée et réalisée par La Note blanche

1 sept. 2019

"La Vie devant soi', Romain Gary (1975)

"Le bonheur, c'est une belle ordure et une peau de vache et il faudrait lui apprendre à vivre. On est pas du même bord, lui et moi, et j'ai rien à en foutre.J'ai encore jamais fait de politique parce que ça profite toujours à quelqu'un, mais le bonheur, il devrait y avoir des lois pour l'empêcher de faire le salaud".

Diatribe de Momo sur le bonheur artificiel : 


"Ça m'a remué et j'ai été pris de violence, quelque chose de terrible. Ça venait de l'intérieur et c'est là que c'est le plus mauvais. Quand ça vient de l'extérieur à coups de pied au cul, on peut foutre le camp. Mais de l'intérieur, c'est pas possible. Quand ça me saisit, je veux sortir et ne plus revenir du tout et nulle part. C'est comme si j'avais un habitant en moi. Je suis pris de hurlements, je me jette par terre, je me cogne la tête pour sortir, mais c'est pas possible, ça n'a pas de jambes, on n'a jamais de jambes à l'intérieur. »

Résultat de recherche d'images pour "la vie devant soi romain gary"« Moi, l'héroïne, je crache dessus. Les mômes qui se piquent deviennent tous habitués au bonheur et ça ne pardonne pas, vu que le bonheur est connu pour ses états de manque. Pour se piquer, il faut vraiment chercher à être heureux et il n'y a que les rois des cons qui ont des idées pareilles. Moi je me suis jamais sucré, j'ai fumé la Marie des fois avec des copains pour être poli et pourtant, à dix ans, c'est l'âge où les grands vous apprennent des tas de choses. Mais je tiens pas tellement à être heureux, je préfère encore la vie. Le bonheur, c'est une belle ordure et une peau de vache et il faudrait lui apprendre à vivre. On est pas du même bord, lui et moi, et j'ai rien à en foutre. J'ai encore jamais fait de politique parce que ça profite toujours à quelqu'un, mais le bonheur, il devrait y avoir des lois pour l'empêcher de faire le salaud. Je dis seulement comme je le pense et j'ai peut-être tort, mais c'est pas moi qui irais me piquer pour être heureux. Merde. Je ne vais pas vous parler de bonheur parce que je ne veux pas faire une crise de violence, mais Monsieur Hamil dit que j'ai des dispositions pour l'inexprimable. Il dit que l'inexprimable, c'est là qu'il faut chercher et que c'est là que ça se trouve.

La meilleure façon de se procurer de la merde et c'est ce que le Mahoute faisait, c'est de dire qu'on ne s'est jamais piqué et alors les mecs vous font tout de suite une piquouse gratis, parce que personne ne veut se sentir seul dans le malheur. Le nombre de mecs qui ont voulu me faire ma première piquouse, c'est pas croyable, mais je ne suis pas là pour aider les autres à vivre, j'ai déjà assez avec Madame Rosa. Le bonheur, je vais pas me lancer là-dedans avant d'avoir tout essayé pour m'en sortir. »

« Je me suis couché par terre, j'ai fermé les yeux et j'ai fait des exercices pour mourir, mais le ciment était froid et j'avais peur d'attraper une maladie. »

« Le soleil avait l'air d'un clown jaune assis sur le toit. »

« Ils avaient peur, tous les deux, car ce n'est pas vrai que la nature fait bien les choses. La nature, elle fait n'importe quoi à n'importe qui et elle ne sait même pas ce qu'elle fait, quelquefois ce sont des fleurs et des oiseaux et quelquefois, c'est une vieille Juive au sixième étage qui ne peut plus descendre. »

« Je ne sais pas si je me fais bien comprendre mais ça n'a pas d'importance parce que si on comprenait, ce serait sûrement quelque chose d'encore plus dégueulasse. »

« [...] et quand j'écrirai les misérables je vais dire tout ce que je veux sans tuer personne parce que c'est la même chose [...] 

22 août 2019

Baudelaire, quelques extraits..."Le Vice ou Le Pêché" de Franz Von Stuck

" Qui donc devant l'amour ose parler d'enfer ?
Maudit soit à jamais le rêveur inutile
Qui voulut le premier, dans sa stupidité,
S'éprenant d'un problème insoluble et stérile,
Aux choses de l'amour mêler l'honnêteté !

Celui qui veut unir dans un accord mystique
L'ombre avec la chaleur, la nuit avec le jour
Ne chauffera jamais son corps paralytique
A ce rouge soleil que l'on nomme l'amour !

Va, si tu veux, chercher un fiancé stupide ;
Cours offrir un coeur vierge à ses cruels baisers ;
Et, pleine de remords et d'horreur, et livide,
Tu me rapporteras tes seins stigmatisés...
On ne peut ici-bas contenter qu'un seul maître ! "
Mais l'enfant, épanchant une immense douleur,
Cria soudain : - " Je sens s'élargir dans mon être
Un abîme béant ; cet abîme est mon cœur !
Brûlant comme un volcan, profond comme le vide !

Rien ne rassasiera ce monstre gémissant
Et ne rafraîchira la soif de l'Euménide
Qui, la torche à la main, le brûle jusqu'au sang.
Que nos rideaux fermés nous séparent du monde,
Et que la lassitude amène le repos !
Je veux m'anéantir dans ta gorge profonde,
Et trouver sur ton sein la fraîcheur des tombeaux ! "

- Descendez, descendez, lamentables victimes,
Descendez le chemin de l'enfer éternel !
Plongez au plus profond du gouffre, où tous les crimes,
Flagellés par un vent qui ne vient pas du ciel,
Bouillonnent pêle-mêle avec un bruit d'orage.

Ombres folles, courez au but de vos désirs ;
Jamais vous ne pourrez assouvir votre rage,
Et votre châtiment naîtra de vos plaisirs.

Jamais un rayon frais n'éclaira vos cavernes ;
Par les fentes des murs des miasmes fiévreux
Filtrent en s'enflammant ainsi que des lanternes
Et pénètrent vos corps de leurs parfums affreux.

L'âpre stérilité de votre jouissance,
Altère votre soif et roidit votre peau,
Et le vent furibond de la concupiscence
Fait claquer votre chair ainsi qu'un vieux drapeau.

Loin des peuples vivants, errantes, condamnées,
A travers les déserts courez comme les loups ;
Faites votre destin, âmes désordonnées,
Et fuyez l'infini que vous portez en vous !

[...]

Baudelaire,
Extrait des "Femmes Damnées, Delphine et Hippolyte ", dans les "Épaves" des Fleurs du mal.


Le Vice ou Le Pêché de Franz Von Stuck
















"Dans le sommeil, ce voyage aventureux de tous les soirs, il y a quelque chose de positivement miraculeux; c'est un miracle dont la ponctualité a émoussé le mystère. Les rêves de l'homme sont de deux classes. Les uns, pleins de sa vie ordinaire, de ses préoccupations, de ses désirs, de ses vices, se combinent d'une façon plus ou moins bizarre avec les objets entrevus dans la journée, qui se sont indiscrètement fixés sur la vaste toile de sa mémoire. Voilà le rêve naturel; il est l'homme lui-même. Mais l'autre espèce de rêve ! Le rêve absurde, imprévu, sans rapport ni connexion avec le caractère, la vie et les passions du dormeur ! Ce rêve, que j'appellerai hiéroglyphique, représente évidemment le côté surnaturel de la vie, et c'est justement parce qu'il est absurde que les anciens l'ont cru divin. Comme il est inexplicable par les causes naturelles, ils lui ont attribué une cause extérieure à l'homme ; et encore aujourd'hui, sans parler des onéiromanciens, il existe une école philosophique qui voit dans les rêves de ce genre tantôt un reproche, tantôt un conseil ; en somme, un tableau symbolique et moral, engendré dans l'esprit même de l'homme qui sommeille. C'est un dictionnaire qu'il faut étudier, une langue dont les sages peuvent obtenir la clef (...) La faculté de rêverie est une faculté divine et mystérieuse car c'est par le rêve que le l'homme communique avec le monde ténébreux dont il est environné".

Baudelaire, extrait des Paradis artificiels (pdf)


Article à lire :

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17 août 2019

Moebius - Dessinateur, scénariste

Biographie :


Résultat de recherche d'images pour "moebius"Jean Giraud voit le jour en 1938 à Nogent-sur-Marne. Précoce, l’auteur entre aux Arts Appliqués à l’âge de 16 ans et publie ses premières bandes dessinées dans les revues Far-West, Fripounet et Marisette, Cœur vaillant. En 1963, paraît dans Pilote le premier épisode de la série Blueberry qu’il conçoit en tant que Gir avec le scénariste Jean-Michel Charlier, et pour laquelle il dessine pendant quarante ans. Parallèlement, Jean Giraud se transforme en Mœbius, le temps de quelques histoires brèves dans Hara Kiri. 




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C’est aussi sous ce surnom qu’il cofonde en 1975 le magazine Métal Hurlant et la maison d’édition Les Humanoïdes Associés. Il y publie notamment les premières planches d’Arzach et du Garage hermétique. La même année, Mœbius rencontre Alejandro Jodorowsky. 

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Pressenti pour adapter au cinéma le chef-d’œuvre de Frank Herbert, Dune, Jodorowsky a fait appel à lui pour dessiner le story-board de son film. Le projet avorte mais le couple Jodorowsky - Mœbius réinvestit son énergie créatrice dans des œuvres mythiques telles que Les Yeux du chat, La Folle du Sacré-Cœur et bien sûr, L’Incal et La Caste des Méta-Barons. À la même époque Mœbius dessine les décors d’Alien de Ridley Scott, les story-boards des Maîtres du Temps de René Laloux, de Tron pour Walt Disney et collabore avec quelques cinéastes de renom, dont James Cameron à qui il prête son concours pour Abyss. Mœbius va logiquement s’installer aux États-Unis où il s’offre quelques récréations en dessinant notamment un épisode du Silver Surfer, le super héros du scénariste Stan Lee. 


En 1997, Jean Giraud fonde sa propre maison d’édition avec son épouse Isabelle, Mœbius Productions, pour laquelle il publie des livres dont la série Inside Mœbius ainsi que le dernier album d’Arzach, L’Arpenteur. 

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En 2007, Il collabore à la série culte XIII en dessinant le volume 18, intitulé La Version irlandaise, sur un scénario de Jean Van Hamme.  L’artiste protéiforme de génie, qui n’aura cessé tout au long de sa carrière de chercher, d’expérimenter et d’innover, s’éteint à Paris en 2012. 

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