1. La Note blanche est une émission, qui consiste à partager des découvertes musicales du monde entier.
Pour les curieux et les mélomanes.
2. La Note blanche est aussi littéraire ! Des textes seront publiés ainsi que des citations d'auteurs.
Pour les curieux et les littéraires.
3. La Note blanche est éclectique ! De nombreux univers artistiques seront au rendez-vous : musique, littérature, peinture, cinéma, etc.
Pour les curieux.
Avec : Pauline Lorillard, Vimala Pons, Diane Rouxel plus
Genres : Fantastique, Comédie
Nationalité : Français
Synopsis :
Début du vingtième siècle, cinq adolescents de bonne famille épris de liberté commettent un crime sauvage. Ils sont repris en main par le Capitaine, le temps d'une croisière répressive sur un voilier. Les garçons se mutinent. Ils échouent sur une île sauvage où se mêlent plaisir et végétation luxuriante. La métamorphose peut commencer…
Bande-annonce :
Critique :
Le conte initiatique de Bertrand Mandico, au noir et blanc lustré, oscille entre récit d’exploration et odyssée transformiste.
Les épithètes pleuvent dès qu’il s’agit de qualifier le cinéma foisonnant du plasticien Bertrand Mandico : symboliste, ésotérique, décadentiste, hétéroclite… Après vingt ans d’aventures dans le domaine du court, l'artiste réalise son premier long métrage "Les Garçons sauvages". Conçu comme un formalisme débridé qui convoque les puissances du récit (ou du désir), pour dérouler bien plus qu’une simple histoire : un songe, une fantasmagorie, une bouffée délirante ou une chimère.
Le film se présente sous la forme du conte initiatique, au noir et blanc lustré, entre récit d’exploration et odyssée transformiste. Une bande de cinq garçons, dans la fureur de l’adolescence, déchaîne une violence pulsionnelle sur leur professeure (Nathalie Richard), provoquant sa mort. En guise de correction, ils sont remis aux mains d’un capitaine hollandais (Sam Louwyck) qui les embarque sur son navire pour une éprouvante traversée. A terme, ils débarquent sur une île mystérieuse, à la géographie instable, où une nature luxuriante les entraîne sur la voie de plaisirs insoupçonnés, produisant sur eux d’étranges bouleversements. Ne seraient-ils pas les cobayes d’une expérience secrète, comme semble l’attester la présence d’un savant fou nommé Séverin (Elina Löwensohn) ? Leur séjour prolongé achève leur métamorphose : les garçons sont devenus des filles.
Le coup de génie de Mandico est sans doute d’avoir confié les rôles des garçons violents à de jeunes actrices – Vimala Pons, Pauline Lorillard, Diane Rouxel, Anaël Snoek et Mathilde Warnier –, investissant l’androgynie de l’adolescence dans un numéro transformiste de haute volée. A elles cinq, elles dressent un formidable poste d’observation de la masculinité en devenir, aux prises avec ses rituels grégaires : vantardise, donjuanisme, priapisme, despotisme, etc. Une masculinité perçue depuis le corps féminin, comme de l’extérieur. La forme baroque du film n’est, en elle-même, qu’une grande montée de sève : poudroiements, surimpressions, passages instantanés à la couleur, rétroprojections, bricolages visuels… Autant de procédés primitifs, réalisés à même le plateau, qui font revivre la candeur et la poésie illusionniste du cinéma muet. Leur prolifération pousse la pellicule dans ses retranchements, à travers une série d’états extatiques qui s’apparentent à la jouissance. Car, dans le cinéma de Bertrand Mandico, l’image est une zone érogène comme les autres, qui se prolonge et s’épanouit dans l’œil transi du spectateur.
Au début des années 70, au plus fort de la lutte pour les droits civiques, plusieurs émeutes raciales éclatent dans les grandes villes des États-Unis. Ron Stallworth devient le premier officier Noir américain du Colorado Springs Police Department, mais son arrivée est accueillie avec scepticisme, voire avec une franche hostilité, par les agents les moins gradés du commissariat. Prenant son courage à deux mains, Stallworth va tenter de faire bouger les lignes et, peut-être, de laisser une trace dans l'histoire. Il se fixe alors une mission des plus périlleuses : infiltrer le Ku Klux Klan pour en dénoncer les exactions.
En se faisant passer pour un extrémiste, Stallworth contacte le groupuscule : il ne tarde pas à se voir convier d'en intégrer la garde rapprochée. Il entretient même un rapport privilégié avec le "Grand Wizard" du Klan, David Duke, enchanté par l'engagement de Ron en faveur d'une Amérique blanche. Tandis que l'enquête progresse et devient de plus en plus complexe, Flip Zimmerman, collègue de Stallworth, se fait passer pour Ron lors des rendez-vous avec les membres du groupe suprémaciste et apprend ainsi qu'une opération meurtrière se prépare. Ensemble, Stallworth et Zimmerman font équipe pour neutraliser le Klan dont le véritable objectif est d'aseptiser son discours ultra-violent pour séduire ainsi le plus grand nombre. Sachez que cette intrigue ne manque pas d'humour malgré la tragédie de la situation !
Date de sortie: 22 août 2018 (2h 16min)
De: Spike Lee (R.E.S.P.E.C.T !)
Avec: John David Washington, Adam Driver, Topher Grace, etc
"Au casting, on retrouve Harry Belafonte, un acteur, chanteur et militant. Dans les années 1950 et 1960, il est le premier acteur noir à lutter pour les droits civiques et devient le confident de Martin Luther King Jr. Dans BlacKkKlansman, il joue un militant âgé qui, lors d’une conférence avec une association étudiante du Black Power, raconte le lynchage de Jesse Washington.
Pour se rapprocher au maximum des faits réels, le film s’est aidé d’un article écrit par W.E.B. Du Bois, un militant de l’époque, qui avait publié, en juillet 1916, un compte rendu des événements long de huit pages dans le journal mensuel de l’Association nationale pour la promotion des gens de couleur (NAACP), The Crisis. Slate l’a récemment repris :
"De grandes masses d’humanité se précipitaient le plus vite possible dans les rues de la ville pour être présentes sur le pont au moment où la pendaison aurait lieu, mais quand on apprit que le Nègre serait emmené sur la pelouse de la mairie, une foule d’hommes, de femmes et d’enfants s’est dirigée vers cette pelouse.
Au moment où le corps allait être brûlé, les gens voulaient montrer leur engagement et se sont mis à frapper le Nègre avec tout ce qu’ils trouvaient, certains l’ont frappé avec des pelles, des briques et des bâtons, d’autres l’ont poignardé alors qu’il était pendu. Son corps était rouge, le sang de ses nombreuses blessures avait recouvert son corps de la tête aux pieds."
À l’occasion de la 71e édition du Festival de Cannes, où le long-métrage a remporté le Grand Prix en mai dernier, Spike Lee confiait qu’il n’était pas sûr qu’Harry Belafonte puisse figurer dans le film. "À 91 ans, il nous a fait cet honneur", a-t-il ajouté, comme le rapporte AlloCiné".
Ce film met la lumière sur le suprématisme blanc et sur la réaction des activistes connus sous le nom de Black Panthers. L'histoire, inspirée sur des faits réels, se passe dans les années 70. Cependant, même si le monde se fait plus discret ou je dirai même, plus insidieux dans ses propos, le racisme perdure. La lutte pour l'égalité des droits est très loin d'être terminée. Vous le savez, nous le savons tous. Les dernières images du film de Spike Lee nous montre la violence meurtrière de la manifestation d'août 2017 qui eu lieu à Charlottesville. Souvenez-vous des paroles de Donald Trump : "« J’ai regardé de très près, de beaucoup plus près que la plupart des gens. Vous aviez un groupe d’un côté qui était agressif. Et vous aviez un groupe de l’autre côté qui était aussi très violent. Personne ne veut le dire. Que dire de l’“alt-left” qui a attaqué l’“alt-right” [terme revendiqué par l’extrême droite] comme vous dites ? N’ont-ils pas une part de responsabilité ? » ; "Les propos présidentiels ont été immédiatement salués par David Duke, un ancien dirigeant du Ku Klux Klan, qui était présent à Charlottesville samedi. «Merci, président Trump, pour votre honnêteté et votre courage »,a-t-il écrit sur Twitter, louant le locataire de la Maison Blanche d’avoir «dit la vérité» et dénoncé«lesterroristesdegauche».(Articlesource:https://www.lemonde.fr/donaldtrump/article/2017/08/15/charlottesville-trump-fait-marche-arriere-et-reaffirme-que-les-torts-sont-partages_5172716_4853715.html.
David Duke, homme politique des États-Unis, promoteur de théories racistes, militant de la suprématie blanche et d'un « nationalisme blanc », a accordé son soutien tout au long de la campagne de Trump et a grassement remercié le speech du président Trump lors des manifestions de Charlottesville ... Nous devons rester à l'écoute, ouvrons les yeux, ne restons pas aveugle face à la haine raciale car l'Histoire du suprématisme blanc n'est pas terminé. La Note blanche
Angelo Badalamenti, David Bowie, Rammstein, Lou Reed, Nine Inch Nails, Marilyn Manson, les Smashing Pumpkins et même ce diable d'Antonio Carlos Jobim - il vous faut quoi de plus comme argument ? Que demande le peuple ???
« Deborah Wolliger, l'attachée de presse de la production, avait trouvé dans un livre le terme de « fugue psychogénique », que je trouve assez juste. C'est musical et ça désigne un état où une personne adopte une identité et une vie totalement différentes, tout un monde à explorer. Cette personne a toujours les mêmes empreintes digitales et le même visage, bien sûr, mais intérieurement, pour cette personne, tout est nouveau. » Voilà comment David Lynch tentait de définir Lost Highway peu de temps après sa sortie en février 1997. C'est assez complexe pas très clair, mais cela colle assez bien à la mentalité du bonhomme. Cette définition donne une idée assez précise de ce à quoi l'on s'expose lorsqu'on écoute la bande originale du film.
Loin de ces bandes-son qui compilent les titres connus de tous pour faire plaisir aux boites de productions, Lost Highway n'est d'ailleurs pas à proprement parler une simple BO. Pour toute une génération, c'est avant tout un visa pour découvrir, éberlué, le cerveau complètement retourné, un vaste monde qui va bien au-delà du rock ou de ses déclinaisons. C'est un véritable score, parfaitement agencé, qui s'imbrique à merveille avec les différentes scènes du film. Comme le souligne aujourd'hui Barry Adamson, producteur du projet : « Pour avoir revu le film récemment, je peux te dire que c'est un classique absolu, avec une sensibilité un peu tordue et une véritable distorsion du réel. Et ça, je pense que ça été possible grâce à un gros travail sur la musique, très importante dans le film. Elle fait clairement partie de sa structure et je pense que c'est ce qui lui permet d'avoir un tel impact, de résonner encore aujourd'hui avec les amateurs du film. »
Au départ, le pari est pourtant risqué. Habitué à travailler presque exclusivement avec Angelo Badalamenti, David Lynch confie cette fois-ci les clés à Barry Adamson. L'auteur des BO de Twin Peaks et de Blue Velvet est bien sûr présent sur de nombreux titres - sept au total, tous utilisés lors des scènes dites mystiques -, mais c'est bien un vent nouveau que souhaite ici le réalisateur américain. Pareil : depuis Blue Velvet, David Lynch ne cesse de déclarer son amour aux fifties américaines à travers des morceaux qui se réfèrent directement à cette époque. En interview, il a d'ailleurs avoué avoir commencé à aimer la musique vers 1956-1957. Sur Lost Highway, ces allusions sont plus nuancées : à peine doit-on se contenter d'une reprise d'« I Put A Spell On You » de Screamin' Jay Hawkins par Marylin Manson ou du titre même du film, Lost Highway, a aussi piqué une chanson de Leon Payne, célèbre chanteur de country outre-Atlantique.
En clair, David Lynch est ici prêt à briser les fondations. A la grande joie de Barry Adamson : « J'ai reçu un appel de David disant qu'il avait écouté mon travail pendant plus de dix heures (Adamson a fait partie de Magazine et des Bad Seeds durant un temps), qu'il travaillait sur un nouveau film et qu'il voulait m'envoyer le script. Quand je l'ai lu, j'ai tout de suite adoré, bien sûr. Je lui ai dit et, une chose en entraînant une autre, il m'a proposé de m'envoyer une scène pour que je commence à travailler sur la BO. Ce qui est drôle, c'est que je bossais sur un morceau avant son appel, et celui-ci collait étrangement à la scène proposée. C'est devenu « Mr. Eddy's Theme 1 » ». Très vite, la confiance s'installe entre les deux hommes. Contrat en poche, Barry Adamson se rend alors à Los Angeles pour rencontrer son nouvel employeur. Ça parle, ça boit du café, ça rigole et, surtout, ça crée de nouvelles affinités ... Parfait pour nos oreilles ! Barry Adamson n'a absolument aucune idée de qui peuvent bien êtres Nine Inch Nails, Marylin Manson ou Ramnstein ( « ça été une révélation totale pour moi »), mais il sait qu'il a carte blanche pour les scènes sur lesquelles Angelo Badalamenti ne compose pas.
La BO de Lost Highway ne saurait être limitée aux simples thèmes composés par Barry Adamson. Si elle est toujours aussi importante vingt ans après sa sortie, c'est aussi et surtout grâce à son casting, XXL et improbable : Nine Inch Nails, Bowie, Lou Reed, Marylin Manson, Rammstein, tous réunis autour d'un même album avec des morceaux impurs, pervers, dérangés (le titre chanté par Bowie ne s'appelle-t-il pas « I'm Deranged » ?) et atmosphériques, que l'on pourrait "presque" qualifier de lynchéen ...
On est loin également de ce à quoi nous avait habitué David Lynch jusqu'ici : pas de blues à la « In Dreams », ni de dream-pop à la « Falling » de Julee Cruise ou de romantisme à la Chris Isaak, mais un ensemble de morceaux à l'ambiance pesante, aux riffs lourds et à l'atmosphère aussi oppressante que déviante - à l'image des bandes jaunes sur la pochette et du film en lui-même !
L'air de rien, Lynch se paye même le luxe de ne pas faire figurer sur sa BO. Cependant, l'une des chansons les plus intenses et émotives du film : « Song To The Siren », ce morceau de Tim Buckley qu'il souhaitait déjà utiliser dans Blue Velvet avant de se rétracter, la faute à des droits d'auteurs exorbitants. Ici, c'est la version de This Mortal Coil qui est choisie, celle-là même qui a servi d'inspiration à Lynch et Badalementi lors de la conception des deux premiers albums de Julee Cruise. Autant dire que le réalisateur américain a de la suite dans les idées, le sens du détail et une belle oreille musicale.
Le plus beau pour la fin ... Lost Highway est un film sur le double, certes. Mais également sur le désir, et sur ce qu'engendre la création d'un fantasme. Orgasmique, cette B. O donne des pistes sur la compréhension du film. Ecoutez et regardez.
Le roman épistolaire de Choderlos de Laclos dépeint au travers de 170 lettres la corruption morale et la décadence de l’aristocratie à la fin du 18ème siècle, dans la France pré-révolutionnaire.
La marquise de Merteuil a un compte à régler avec le comte de Gercourt, qui l’a abandonnée pour une autre femme. Elle cherche un moyen de l’humilier. Le comte s’apprête à épouser la jeune Cécile de Volanges, dont la mère vient tout juste de la faire sortir du couvent. Si Cécile pouvait être déshonorée avant le mariage ! La marquise de Merteuil élabore alors un plan machiavélique pour assouvir sa vengeance. A cette fin, elle sollicite l’aide d’un de ses amis, le vicomte de Valmont, dont le passe-temps célèbre consiste à multiplier les conquêtes.
Mais de Valmont est déterminé à séduire la vertueuse Madame de Tourvel, connue pour sa piété et la fidélité conjugale, alors que Monsieur de Tourvel, magistrat, est absent pour les besoins d’une affaire judiciaire. Le vicomte de Valmont a trouvé en Madame de Tourvel le défi ultime, qui lui apporterait un trophée unique pour compléter sa liste déjà longue.
Madame de Merteuil devient la confidente de Cécile et encourage son amour pour son professeur de musique le chevalier Danceny. Merteuil et Valmont font mine de vouloir aider les amants afin de gagner leur confiance, et pouvoir les utiliser plus tard à leurs propres fins.
Merteuil suggère au vicomte de séduire Cécile afin d’obtenir sa revanche sur le futur mari de celle-ci. Valmont refuse, trouvant la tâche trop facile, et préférant se consacrer à séduire Mme de Tourvel. Madame de Merteuil promet à Valmont de passer une nuit avec lui s’il réussit à séduire Madame de Tourvel et à lui en fournir la preuve écrite.
Le vicomte de Valmont s’attend à un succès rapide, mais séduire sa victime ne s’avère pas aussi facile qu’avec ses autres conquêtes. Mais il découvre que la Madame de Volanges a écrit à Madame de Tourvel au sujet de sa mauvaise réputation. C’est alors que Valmont se décide à aider la marquise et de séduire Cécile de Volanges.
Madame de Merteuil révèle à Madame de Volanges la correspondance secrète de Danceny et de sa fille. Madame de Volanges, voulant s’assurer que le mariage prévu avec le comte de Gercourt aura bien lieu, ferme alors sa porte à Danceny et emmène Cécile chez Madame de Rosemonde. C’est l’occasion qu’attendait Valmont pour les suivre et devenir l’intermédiaire entre les deux amoureux. Danceny demande à Cécile de donner la clé de sa chambre à Valmont afin que celui-ci puisse y entrer en toute discrétion. C’est ainsi que, le soir même, Valmont fait la conquête de Cécile.
De son côté, Madame de Tourvel, qui est sur le point de succomber, prend la fuite. Elle est en proie aux pires tourments et s’interdit de lire les lettres que Valmont lui envoie. Pour la reconquérir, il obtient un rendez-vous avec elle par l’intermédiaire de son confesseur. Une fois devant elle, il adopte le rôle du libertin repenti sur le point de se convertir.
La marquise de Merteuil prend Danceny pour amant, au grand dam de Valmont qui tente de rapprocher Cécile de celui-ci. La tension entre les deux libertins ne cesse de croitre.
Valmont annonce triomphalement à la Madame de Merteuil sa victoire sur Madame de Tourvel, mais la marquise, se doutant qu’il est épris de sa victime, refuse d’honorer sa promesse tant qu’il n’a pas rompu. Ainsi, de passionnément amoureuse, Madame de Tourvel est plongée dans le plus noir désespoir lorsqu’elle reçoit de son amant une lettre de rupture écrite par la marquise.
Merteuil révèle à Danceny que Valmont a séduit Cécile. Danceny et Valmont se battent en duel, et Valmont est mortellement blessé. Avant de mourir, il se réconcilie avec Danceny, lui donnant des lettres prouvant l’implication de Madame de Merteuil. Ces lettres sont suffisantes pour ruiner sa réputation et elle s’enfuit à la campagne, où elle contracte la variole . Son visage est marqué de façon permanente et elle est rendue aveugle d’un œil, si bien qu’elle perd son plus grand atout: sa beauté. Mais les innocents souffrent bien plus de ses manoeuvres: apprenant la mort de Valmont, Madame de Tourvel succombe à une fièvre et meurt, tandis que Cécile retourne au couvent...
Extrait :
Lettre 125
LE VICOMTE DE VALMONT A LA MARQUISE DE MERTEUIL
La voilà donc vaincue, cette femme superbe qui avait osé croire qu'elle pourrait me résister ! Oui, mon amie, elle est à moi, entièrement à moi, et depuis hier, elle n'a plus rien à m'accorder.
Je suis encore trop plein de mon bonheur, pour pouvoir l'apprécier, mais je m'étonne du charme inconnu que j'ai ressenti. Serait-il donc vrai que la vertu augmentât le prix d'une femme, jusque dans le moment même de sa faiblesse ? Mais reléguons cette idée puérile avec les contes de bonnes femmes. Ne rencontre-t-on pas presque partout une résistance plus ou moins bien feinte au premier triomphe ? et ai-je trouvé nulle part le charme dont je parle ? ce n'est pourtant pas non plus celui de l'amour ; car enfin, si j'ai eu quelquefois, auprès de cette femme étonnante, des moments de faiblesse qui ressemblaient à cette passion pusillanime, j'ai toujours su les vaincre et revenir à mes principes. Quand même la scène d'hier m'aurait, comme je le crois, emporté un peu plus loin que je ne comptais ; quand j'aurais, un moment, partagé le trouble et l'ivresse que je faisais naître : cette illusion passagère serait dissipée à présent ; et cependant le même charme subsiste. J'aurais même, je l'avoue, un plaisir assez doux à m'y livrer, s'il ne me causait quelque inquiétude. Serai-je donc, à mon âge, maîtrisé comme un écolier, par un sentiment involontaire et inconnu ? Non : il faut, avant tout, le combattre et l'approfondir.
Peut-être, au reste, en ai-je déjà entrevu la cause ! Je me plais au moins dans cette idée, et je voudrais qu'elle fût vraie.
Dans la foule de femmes auprès desquelles j'ai rempli jusqu'à ce jour le rôle et les fonctions d'amant, je n'en avais encore rencontré aucune qui n'eût, au moins, autant d'envie de se rendre que j'en avais de l'y déterminer ; je m'étais même accoutumé à appeler prudes celles qui ne faisaient que la moitié du chemin, par opposition à tant d'autres, dont la défense provocante ne couvre jamais qu'imparfaitement les premières avances qu'elles ont faites.
Ici, au contraire, j'ai trouvé une première prévention défavorable, et fondée depuis sur les conseils et les rapports d'une femme haineuse, mais clairvoyante ; une timidité naturelle et extrême, que fortifiait une pudeur éclairée ; un attachement à la vertu, que la religion dirigeait, et qui comptait déjà deux années de triomphe, enfin des démarches éclatantes, inspirées par ces différents motifs, et qui toutes n'avaient pour but que de se soustraire à mes poursuites.
Ce n'est donc pas, comme dans mes autres aventures, une simple capitulation plus ou moins avantageuse, et dont il est plus facile de profiter que de s'enorgueillir ; c'est une victoire complète, achetée par une campagne pénible, et décidée par de savantes manœuvres. Il n'est donc pas surprenant que ce succès, dû à moi seul, m'en devienne plus précieux ; et le surcroît de plaisir que j'ai éprouvé dans mon triomphe, et que je ressens encore, n'est que la douce impression du sentiment de la gloire. Je chéris cette façon de voir, qui me sauve l'humiliation de penser que je puisse dépendre en quelque manière de l'esclave même que je me serais asservie ; que je n'aie pas en moi seul la plénitude de mon bonheur ; et que la faculté de m'en faire jouir dans toute son énergie soit réservée à telle ou telle femme, exclusivement à toute autre.
[...]
Choderlos de Laclos - Lettre 125 (extrait) - Les Liaisons dangereuses