21 avr. 2015

Lettre d’Antonin Artaud à Colette Thomas

Colette Thomas épousa le romancier Henri Thomas et par lui fit la rencontre de la personnalité à la fois captivante et redoutable d’Antonin Artaud. Comédienne jusqu’alors restée dans l’ombre elle sera selon Artaud : « la plus grande actrice que le théâtre ait vue ». Les rapports d’Artaud avec les femmes ont toujours été complexes. Jeune acteur, d’une beauté rayonnante, il vivra des aventures sans lendemains du temps de la courte vie du Théâtre de la Cruauté, mais Colette Thomas surgira alors qu’il est aux bords de sa mort, vieillard éructant, porté par une gloire sulfureuse et lui-même enfermé dans une virulente haine du sexe et comme frappé d’un esprit d’inquisiteur. Colette ne pouvait qu’être une de « ses filles de cœur ».

artaud
"Vous êtes une fleur unique que le monde ne veut
pas laisser vivre"



3 juin 1946

Chère Colette,

Disant publiquement que les enfants de la mise en scène princpe ne sont pas dans le son mais dans le con, vous ne serez pas une actrice mais la plus grande amie de mon âme désireuse de manifester et d’imposer l’un de mes élans de cœur, à tous.

Ce qui nous empêche de vivre, vous et moi, c’est la masse, et elle recule comme Béémoth devant la manifestation plus massive qu’elle de certaines vérités. —

Ne rien faire, ne plus quitter Saint-Germain, c’est se laisser enliser par elle, la masse, et se laisser pénétrer par son insuline, c’est se faire faire sans le savoir une cure d’insulinothérapie.

Y a-t-il beaucoup d’êtres au monde, Colette, qui tiennent à vous de toute leur âme et qui veulent que votre moi et votre personnalité existent, je ne le crois pas et je crois que votre mère est au fond et en fait votre ennemie, il fautchoisir entre vos parents et moi.

Je vous ai dit que je m’enfermerai dans ma tour abolie parce que vous m’avez désespéré avec de faux prétextes pour ne pas rester avec moi pour travailler aujourd’hui.

Vous êtes une fleur unique que le monde ne veut pas laisser vivre.

Je crois avoir perçu cette fleur telle qu’elle est et pour rien au monde je ne voudrais la léser physiquement ou moralement, mais cette fleur a besoin de moi, et on le sait et on voudrait bien l’enlever de mon atmosphère pour me désespérer et la désespérer d’échapper au conformisme général : famille : société :

« Tu resteras incluse ailleurs que dans tout ce qui est Artaud ».

Colette, il faut réagir à tout instant et à tout prix.

Je vous embrasse.

ANTONIN ARTAUD

15 avr. 2015

Lettre d’Arthur Rimbaud à Paul Demeny, dite lettre du « voyant »

Arthur Rimbaud, né le 20 octobre 1854, est passé comme un météore sur cette terre, bouleversant à jamais la littérature par sa poésie convulsive et sublime, sa folle destinée, ses amours tabous, sa fuite en Afrique… Incarnation de la révolte absolue, maître de la langue, il fut un génie précoce qui, comme Mozart ou Picasso, révolutionna radicalement son art. A l’âge de 17 ans, avant de conquérir Paris et d’écrire les deux recueils qui lui assureront une gloire éternelle (Illuminations et Une saison en enfer), Rimbaud adresse en pleine Commune cette lettre au poète Paul Demeny, œuvre et programme poétique définitifs.

rimbaud
"Je est un autre"


15 mai 1871

À Douai.

Charleville, 15 mai 1871.

J’ai résolu de vous donner une heure de littérature nouvelle. Je commence de suite par un psaume d’actualité :

CHANT DE GUERRE PARISIEN

Le Printemps est évident, car

Du cœur des Propriétés vertes

Le vol de Thiers et de Picard

Tient ses splendeurs grandes ouvertes.

Ô mai ! Quels délirants cul-nus !

Sèvres, Meudon, Bagneux, Asnières,

Écoutez donc les bienvenus

Semer les choses printanières !

Ils ont schako, sabre et tamtam

Non la vieille boîte à bougies

Et des yoles qui n’ont jam…jam…

Fendent le lac aux eaux rougies !…

Plus que jamais nous bambochons

Quand arrivent sur nos tanières

Crouler les jaunes cabochons

Dans des aubes particulières.

Thiers et Picard sont des Éros

Des enleveurs d’héliotropes

Au pétrole ils font des Corots.

Voici hannetonner leurs tropes…

Ils sont familiers du grand truc !…

Et couché dans les glaïeuls, Favre,

Fait son cillement aqueduc

Et ses reniflements à poivre !

La Grand-Ville a le pavé chaud

Malgré vos douches de pétrole

Et décidément il nous faut

Nous secouer dans votre rôle…

Et les ruraux qui se prélassent

Dans de longs accroupissements

Entendront des rameaux qui cassent

Parmi les rouges froissements.

— Voici de la prose sur l’avenir de la poésie – Toute poésie antique aboutit à la poésie grecque ; Vie harmonieuse. — De la Grèce au mouvement romantique, — moyen-âge, — il y a des lettrés, des versificateurs. D’Ennius à Théroldus, de Théroldus à Casimir Delavigne, tout est prose rimée, un jeu, avachissement et gloire d’innombrables générations idiotes : Racine est le pur, le fort, le grand. — On eût soufflé sur ses rimes, brouillé ses hémistiches, que le Divin Sot serait aujourd’hui aussi ignoré que le premier venu auteur d’Origines. — Après Racine, le jeu moisit. Il a duré deux mille ans!

Ni plaisanterie, ni paradoxe. La raison m’inspire plus de certitudes sur le sujet que n’aurait jamais eu de colères un jeune-France. Du reste, libre aux nouveaux ! d’exécrer les ancêtres : on est chez soi et l’on a le temps.

On n’a jamais bien jugé le romantisme ; qui l’aurait jugé ? les critiques !! Les romantiques, qui prouvent si bien que la chanson est si peu souvent l’œuvre, c’est-à-dire la pensée chantée et comprise du chanteur ?

Car Je est un autre. Si le cuivre s’éveille clairon, il n’y a rien de sa faute. Cela m’est évident : j’assiste à l’éclosion de ma pensée : je la regarde, je l’écoute : je lance un coup d’archet : la symphonie fait son remuement dans les profondeurs, ou vient d’un bond sur la scène.

Si les vieux imbéciles n’avaient pas trouvé du Moi que la signification fausse, nous n’aurions pas à balayer ces millions de squelettes qui, depuis un temps infini, ! ont accumulé les produits de leur intelligence borgnesse, en s’en clamant les auteurs !

En Grèce, ai-je dit, vers et lyres rythment l’Action. Après, musique et rimes sont jeux, délassements. L’étude de ce passé charme les curieux : plusieurs s’éjouissent à renouveler ces antiquités : — c’est pour eux. L’intelligence universelle a toujours jeté ses idées, naturellement ; les hommes ramassaient une partie de ces fruits du cerveau : on agissait par, on en écrivait des livres : telle allait la marche, l’homme ne se travaillant pas, n’étant pas encore éveillé, ou pas encore dans la plénitude du grand songe. Des fonctionnaires, des écrivains : auteur, créateur, poète, cet homme n’a jamais existé !

La première étude de l’homme qui veut être poète est sa propre connaissance, entière ; il cherche son âme, il l’inspecte, il la tente, l’apprend. Dès qu’il la sait, il doit la cultiver ; cela semble simple : en tout cerveau s’accomplit un développement naturel ; tant d’égoïstes se proclament auteurs ; il en est bien d’autres qui s’attribuent leur progrès intellectuel ! — Mais il s’agit de faire l’âme monstrueuse : à l’instar des comprachicos, quoi ! Imaginez un homme s’implantant et se cultivant des verrues sur le visage.

Je dis qu’il faut être voyant, se faire voyant.

Le Poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens. Toutes les formes d’amour, de souffrance, de folie ; il cherche lui-même, il épuise en lui tous les poisons, pour n’en garder que les quintessences. Ineffable torture où il a besoin de toute la foi, de toute la force surhumaine, où il devient entre tous le grand malade, le grand criminel, le grand maudit, — et le suprême Savant — Car il arrive à l’inconnu ! Puisqu’il a cultivé son âme, déjà riche, plus qu’aucun ! Il arrive à l’inconnu, et quand, affolé, il finirait par perdre l’intelligence de ses visions, il les a vues ! Qu’il crève dans son bondissement par les choses inouïes et innombrables : viendront d’autres horribles travailleurs ; ils commenceront par les horizons où l’autre s’est affaissé !

— la suite à six minutes –

Ici j’intercale un second psaume, hors du texte : veuillez tendre une oreille complaisante, — et tout le monde sera charmé. — J’ai l’archet en main, je commence :

MES PETITES AMOUREUSES

Un hydrolat lacrymal lave

Les cieux vert-chou :

Sous l’arbre tendronnier qui bave,

Vos caoutchoucs.

Blancs de lunes particulières

Aux pialats ronds,

Entrechoquez vos genouillères,

Mes laiderons !

Nous nous aimions à cette époque,

Bleu laideron :

On mangeait des œufs à la coque

Et du mouron !

Un soir, tu me sacras poète,

Blond laideron.

Descends ici que je te fouette

En mon giron ;

J’ai dégueulé ta bandoline

Noir laideron ;

Tu couperais ma mandoline

Au fil du front.

Pouah ! mes salives desséchées

Roux laideron,

Infectent encor les tranchées

De ton sein rond !

Ô mes petites amoureuses,

Que je vous haïs !

Plaquez de fouffes douloureuses,

Vos tétons laids !

Piétinez mes vieilles terrines

De sentiment ;

Hop donc soyez-moi ballerines

Pour un moment !…

Vos omoplates se déboîtent,

Ô mes amours !

Une étoile à vos reins qui boitent

Tournez vos tours.

Et c’est pourtant pour ces éclanches

Que j’ai rimé !

Je voudrais vous casser les hanches

D’avoir aimé !

Fade amas d’étoiles ratées,

Comblez les coins

— Vous creverez en Dieu, bâtées

D’ignobles soins !

Sous les lunes particulières

Aux pialats ronds

Entrechoquez vos genouillères,

Mes laiderons !

Voilà. Et remarquez bien que, si je ne craignais de vous faire débourser plus de 60 c. de port, — Moi pauvre effaré qui, depuis sept mois, n’ai pas tenu un seul rond de bronze ! — je vous livrerais encore mes Amants de Paris, cent hexamètres, Monsieur, et ma Mort de Paris, deux cents hexamètres ! — Je reprends :

Donc le poète est vraiment voleur de feu.

Il est chargé de l’humanité, des animaux même ; il devra faire sentir, palper, écouter ses inventions ; si ce qu’il rapporte de là-bas a forme, il donne forme : si c’est informe, il donne de l’informe. Trouver une langue ;

— Du reste, toute parole étant idée, le temps d’un langage universel viendra ! Il faut être académicien, — plus mort qu’un fossile, — pour parfaire un dictionnaire, de quelque langue que ce soit. Des faibles se mettraient à penser sur la première lettre de l’alphabet, qui pourraient vite ruer dans la folie !-

Cette langue sera de l’âme pour l’âme, résumant tout, parfums, sons, couleurs, de la pensée accrochant la pensée et tirant. Le poète définirait la quantité d’inconnu s’éveillant en son temps dans l’âme universelle : il donnerait plus — (que la formule de sa pensée, que la notation de sa marche au Progrès ! Enormité devenant norme, absorbée par tous, il serait vraiment un multiplicateur de progrès !

Cet avenir sera matérialiste, vous le voyez ; — Toujours pleins du Nombre et de l’Harmonie ces poèmes seront faits pour rester. — Au fond, ce serait encore un peu la Poésie grecque. L’art éternel aurait ses fonctions ; comme les poètes sont citoyens. La Poésie ne rhythmera plus l’action, elle sera en avant.

Ces poètes seront ! Quand sera brisé l’infini servage de la femme, quand elle vivra pour elle et par elle, l’homme, jusqu’ici abominable, — lui ayant donné son renvoi, elle sera poète, elle aussi ! La femme trouvera de l’inconnu ! Ses mondes d’idées différeront-ils des nôtres ? — Elle trouvera des choses étranges, insondables, repoussantes, délicieuses ; nous les prendrons, nous les comprendrons.

En attendant, demandons aux poètes du nouveau, — idées et formes. Tous les habiles croiraient bientôt avoir satisfait à cette demande. — Ce n’est pas cela !

Les premiers romantiques ont été voyants sans trop bien s’en rendre compte : la culture de leurs âmes s’est commencée aux accidents : locomotives abandonnées, mais brûlantes, que prennent quelque temps les rails. — Lamartine est quelquefois voyant, mais étranglé par la forme vieille. — Hugo, trop cabochard, a bien du vu dans les derniers volumes : Les Misérables sont un vrai poème. J’ai Les Châtiments sous la main ; Stella donne à peu près la mesure de la vue de Hugo. Trop de Belmontet et de Lamennais, de Jéhovahs et de colonnes, vieilles énormités crevées.

Musset est quatorze fois exécrable pour nous, générations douloureuses et prises de visions, — que sa paresse d’ange a insultées ! Ô ! les contes et les proverbes fadasses ! Ô les nuits ! Ô Rolla, Ô Namouna, Ô la Coupe ! Tout est français, c’est-à-dire haïssable au suprême degré ; français, pas parisien ! Encore une œuvre de cet odieux génie qui a inspiré Rabelais, Voltaire, jean La Fontaine, ! commenté par M. Taine ! Printanier, l’esprit de Musset ! Charmant, son amour ! En voilà, de la peinture à l’émail, de la poésie solide ! On savourera longtemps la poésie française, mais en France. Tout garçon épicier est en mesure de débobiner une apostrophe Rollaque, tout séminariste en porte les cinq cents rimes dans le secret d’un carnet. A quinze ans, ces élans de passion mettent les jeunes en rut ; à seize ans, ils se contentent déjà de les réciter avec cœur ; à dix-huit ans, à dix-sept même, tout collégien qui a le moyen, fait le Rolla, écrit un Rolla ! Quelques-uns en meurent peut-être encore. Musset n’a rien su faire : il y avait des visions derrière la gaze des rideaux : il a fermé les yeux. Français, panadif, traîné de l’estaminet au pupitre de collège, le beau mort est mort, et, désormais, ne nous donnons même plus la peine de le réveiller par nos abominations !

Les seconds romantiques sont très voyants : Th. Gautier, Lec. de Lisle, Th. de Banville. Mais inspecter l’invisible et entendre l’inouï étant autre chose que reprendre l’esprit des choses mortes, Baudelaire est le premier voyant, roi des poètes, un vrai Dieu. Encore a-t-il vécu dans un milieu trop artiste ; et la forme si vantée en lui est mesquine — les inventions d’inconnu réclament des formes nouvelles.

Rompue aux formes vieilles, parmi les innocents, A. Renaud, — a fait son Rolla, — L. Grandet, — a fait son Rolla ; — les gaulois et les Musset, G. Lafenestre, Coran, CI. Popelin, Soulary, L. Salles ; les écoliers, Marc, Aicard, Theuriet ; les morts et les imbéciles, Autran, Barbier, L. Pichat, Lemoyne, les Deschamps, les Desessarts ; les journalistes, L. Cladel, Robert Luzarches, X. de Ricard ; les fantaisistes, C. Mendès ; les bohèmes ; les femmes ; les talents, Léon Dierx, Sully-Prudhomme, Coppée, — la nouvelle école, dite parnassienne, a deux voyants, Albert Mérat et Paul Verlaine, un vrai poète. — Voilà. — Ainsi je travaille à me rendre voyant. –

Et finissons par un chant pieux.

ACCROUPISSEMENTS

Bien tard, quand il se sent l’estomac écœuré,

Le frère Milotus un œil à la lucarne

D’où le soleil, clair comme un chaudron récuré,

Lui darde une migraine et fait son regard darne,

Déplace dans les draps son ventre de curé.

Il se démène sous sa couverture grise

Et descend ses genoux à son ventre tremblant,

Effaré comme un vieux qui mangerait sa prise,

Car il lui faut, le poing à l’anse d’un pot blanc,

À ses reins largement retrousser sa chemise !

Or, il s’est accroupi frileux, les doigts de pied

Repliés grelottant au clair soleil qui plaque

Des jaunes de brioches aux vitres de papiers,

Et le nez du bonhomme où s’allume la laque

Renifle aux rayons, tel qu’un charnel polypier.

Le bonhomme mijote au feu, bras tordus, lippe

Au ventre : il sent glisser ses cuisses dans le feu

Et ses chausses roussir et s’éteindre sa pipe ;

Quelque chose comme un oiseau remue un peu

À son ventre serein comme un monceau de tripe !

Autour, dort un fouillis de meubles abrutis

Dans des haillons de crasse et sur de sales ventres,

Des escabeaux, crapauds étranges, sont blottis

Aux coins noirs : des buffets ont des gueules de chantres

Qu’entr’ouvre un sommeil plein d’horribles appétits.

L’écœurante chaleur gorge la chambre étroite,

Le cerveau du bonhomme est bourré de chiffons,

Il écoute les poils pousser dans sa peau moite

Et parfois en hoquets fort gravement bouffons

S’échappe, secouant son escabeau qui boite…

Et le soir, aux rayons de lune qui lui font

Aux contours du cul des bavures de lumière,

Une ombre avec détails s’accroupit sur un fond

De neige rose ainsi qu’une rose trémière…

Fantasque, un nez poursuit Vénus au ciel profond.

Vous seriez exécrable de ne pas répondre : vite car dans huit jours je serai à Paris, peut-être.

Au revoir,

A. Rimbaud.

9 avr. 2015

Valerie and Her Week of Wonders (1970)

Valérie au pays des merveilles (titre original : Valerie a týden divů ou Valerie and Her Week of Wonders) est un film tchécoslovaque réalisé par Jaromil Jireš en 1970, adapté du roman Valérie ou la semaine des merveilles de Vítězslav Nezval, écrit en 1935.

 

Synopsis :

 

Valérie, jeune orpheline de 13 ans vivant seule avec sa grand-mère, vit dans un rêve désorientant où elle est séduite par des prêtres, des vampires, des hommes et des femmes confondus.

  • Titre : Valérie au pays des merveilles
  • Titre original : Valerie a týden divů
  • Réalisateur : Jaromil Jireš
  • Scénario : Vítězslav Nezval (roman), Ester Krumbachová, Jaromil Jireš et Jirí Musil
  • Format : Couleurs
  • Durée : 77 minutes
  • Date de sortie : 1970
  • Pays : Tchécoslovaquie

Jaroslava Schallerová : Valerie
Helena Anýzová : Babicka / Elsa / Matka / Rusovláska
Petr Kopriva : Orlík
Jirí Prýmek : Tchor-konstàbl
Jan Klusák : Gracián


Broadcast Valerie (trailer), Warp records, 2003 :



Galerie : 



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Night Things, Sleeping Beauty (trailer 2), 2013 :

 

5 avr. 2015

"Impressions" de Laura Perrudin

La Note blanche est de retour sur les ondes pour accueillir Laura Perrudin afin de découvrir son album Impressions...


Retrouvez et écoutez l'émission en podcast sur le site : 

Ou sur Soundcloud : 

Le parcours de la jeune harpiste et chanteuse rennaise Laura Perrudin est aussi hors du commun qu'électrique. Nourrie par le jazz depuis son enfance, elle étudie longuement la musique classique tout en s'intéressant très tôt aux musiques électroniques et traditionnelles, à la soul et au hip-hop. Laura se forma auprès de nombreux musiciens aussi bien dans sa Bretagne natale qu'à Paris ou même à New-York ! La musicienne cherche à ouvrir les possibilités de la harpe à un langage harmonique plus riche. Finalement, elle trouve enfin la clef en 2008 grâce au luthier Philippe Volant qui lui construit une harpe chromatique à cordes alignées. C'est par le biais de cet instrument naissant et singulier, que Laura donne aujourd'hui la vie aux harmonies sinueuses de ses compositions inclassables.

Interview : Impressions de Laura Perrudin dans la Note blancheAlbum Impressions, un talentueux mélange d'acoustique et d'électro : 

"J'ai grandi dans un environnement où le jazz a toujours occupé une place centrale jusque dans mes études classiques au conservatoire, et il s'est vite imposé comme une sorte de fondation dans la construction d'un langage musical multiculturel nourri d'une multitudes d'influences, incluant les musiques électroniques, le hip-hop, la soul, les musiques traditionnelles et classiques de différentes régions du monde".

Dans l'univers solitaire de la composition, l'instrument entre également en correspondance avec la voix dont il se veut le prolongement : "Aussi mon travail d'arrangement a-t-il porté sur cette relation vocal/instrument qui est au cœur de mon travail, mais j'y ai aussi exploré une correspondance qui me poursuit depuis longtemps, celle entre le monde "réel", "palpable", des instruments acoustiques et le monde parallèle et virtuel des machines que j'ai voulu faire dialoguer".

Musiques et couleurs :

"S'il existe de nombreuses correspondances entre ces univers musicaux constitutifs de l'identité artistique plurielle dont se premier disque est le reflet, le mot "correspondance", fonctionnant ici comme un fil rouge, se rapporte à plusieurs autres déclencheurs de la musique qui s'y trouve rassemblée, les plus tangibles étant de l'ordre "intersensoriel" ou "synésthésique" (...) Les compositions présentes sur ce disque retracent ainsi presque sept ans de ma vie au cours desquels une progressive décantation de cette sensation a abouti à un « code » de correspondances note/couleur/élément, aussi précis qu'inexplicable. Il m’est apparu que le Si est jaune (la lumière), le Fa est bleu (l'eau), le Fa dièse est bleu sombre (la nuit), le La est blanc (l'air), le La bémol est noir (le néant), le Sol est vert (le végétal), le Do est rouge (le feu), le Ré bémol est brun (la terre) etc... J'ai utilisé ce « code » avec une précision de plus en plus méthodique dans la mise en musique de poèmes (Oscar Wilde, James Joyce, Edgar Poe, William Butler Yeats...) ou d’autres « supports » (peintures, paysages, rêves, danse…)".

Ce premier album sorti le 2 mars 2015 avec le distributeur indépendant l'Autre Distribution marque un aboutissement pour Laura qui parvient à mettre en musique un univers onirique nourrit par de nombreuses influences ainsi que par la maturité de ses compositions...

Retrouvez Laura Perrudin sur son site officiel :

20 mars 2015

Lettre de la Marquise de Merteuil au Vicomte de Valmont

C’est en 1782 que Pierre Choderlos de Laclos publie l’œuvre qui le rendra scandaleusement célèbre : « Les Liaisons dangereuses ». Roman épistolaire narrant les stratagèmes de deux dangereux libertins, la Marquise de Merteuil et le Vicomte de Valmont, le titre devient un véritable best-seller de son siècle. Malgré la personnalité sombre de ses personnages, l’auteur est véritablement un féministe avant l’heure, faisant l’éloge de la femme autodidacte. Dans cette lettre écrite au Vicomte de Valmont (lettre LXXXI), la Marquise fait le récit de son éducation en montrant son besoin de s’affranchir de la condition de son sexe imposée par la société et sa volonté de vivre selon son bon vouloir.

valmontmerteuil
"J’ai porté le zèle jusqu’à me causer des douleurs 
volontaires".

20 septembre 17**

Entrée dans le monde dans le temps où fille encore, j’étais vouée par état au silence et à l’inaction, j’ai su en profiter pour observer et réfléchir. Tandis qu’on me croyait étourdie ou distraite, écoutant peu à la vérité les discours qu’on s’empressait à me tenir, je recueillais avec soin ceux qu’on cherchait à me cacher.

Cette utile curiosité, en servant à m’instruire, m’apprit encore à dissimuler, forcée souvent de cacher les objets de mon attention aux yeux de ceux qui m’entouraient, j’essayai de guider les miens à mon gré ; j’obtins dès lors de prendre à volonté ce regard distrait que vous avez loué si souvent. Encouragée par ce premier succès, je tâchai de régler de même les divers mouvements de ma figure. Ressentais-je quelque chagrin, je m’étudiais à prendre l’air de la sérénité, même celui de la joie ; j’ai porté le zèle jusqu’à me causer des douleurs volontaires, pour chercher pendant ce temps l’expression du plaisir. Je me suis travaillée avec le même soin et plus de peine, pour réprimer les symptômes d’une joie inattendue. C’est ainsi que j’ai su prendre sur ma physionomie, cette puissance dont je vous ai vu quelquefois si étonnée.

J’étais bien jeune encore, et presque sans intérêt : mais je n’avais à moi que ma pensée, et je m’indignais qu’on pût me la ravir ou me la surprendre contre ma volonté. Munie de ces premières armes, j’en essayai l’usage : non contente de ne plus me laisser pénétrer, je m’amusais à me montrer sous des formes différentes ; sûre de mes gestes, j’observais mes discours ; je réglais les uns et les autres, suivant les circonstances, ou même suivant mes fantaisies : dès ce moment, ma façon de penser fut pour moi seule, et je ne montrai plus que celle qu’il m’était utile de laisser voir.

Ce travail sur moi-même avait fixé mon attention sur l’expression des figures et le caractère des physionomies ; et j’y gagnai ce coup d’œil pénétrant, auquel l’expérience m’a pourtant appris à ne pas me fier entièrement ; mais qui, en tout, m’a rarement trompée.

Je n’avais pas quinze ans, je possédais déjà les talents auxquels la plus grande partie de nos Politiques doivent leur réputation, et je ne me trouvais encore qu’aux premiers éléments de la science que je voulais acquérir.

A lire et à voir sur le blog La Note blanche:

15 mars 2015

Des Notes au féminin dans la Note blanche

Dimanche de 15h à 16h sur les ondes du 88.4 ou sur le site...Et retrouvez toute l'émission et toutes les infos sur la page podcast après la diffusion :
http://www.radiocampusrennes.fr/emission/la-note-blanche/des-notes-au-feminin-dans-la-note-blanche.html

OU retrouvez l'émission avec toutes la playlist sur soundcloud :
https://soundcloud.com/la-note-blanche/des-notes-au-feminin-dans-la-note-blanche

La Note blanche revient sur les ondes pour ouvrir vos oreilles et attirer votre attention sur l'histoire de la musique afro-américaine ! Après avoir explorer le jazz/rock la semaine dernière, nous nous dirigerons aujourd'hui vers le Harlem des années 50 et 60 en écoutant la révolte des voix féminines...

Résultat de recherche d'images pour "billie holiday"Avant tout, le jazz est une musique instrumentale. Par conséquent, le chant n'était pas voué à en devenir le point central car il a toujours été suspecté de vouloir flirter avec la ballade et le sentiment. Et pourtant, bien avant les révolutions be-bop et free, le jazz vocal a accueilli les premières subversions et les premiers conflits. En effet, les mots et le chant provoquent toujours des réactions ! De plus, quand on parle de jazz vocal, on pense d'abord aux chanteuses. Il est vrai qu'elles sont actuellement plus nombreuses et surtout plus connues. Ce genre musical a été l'occasion pour des artistes comme Billie Holiday ou Ella Fitzgerald de s'émanciper, d'obtenir une liberté, de lutter contre la misogynie ambiante et surtout contre le racisme. Ces femmes ont réussi à sortir de la caste où le pouvoir blanc et patriarcal les emprisonnait pour diriger elles-mêmes leur destinée. Aujourd'hui, le chant féminin est le genre le plus répandu et le plus populaire. Il fut à la fois un objet de séduction pour un public masculin amoureux, et un lieu de combat pour des femmes trop souvent réduites à leur beauté. Souvent, à la marge du jazz, et souvent le théâtre des discussions esthétiques entre les branches du jazz et celles qui prisent la ballade, ce genre a traversé le XXème siècle dans les turbulences car il n'a jamais cessé d'évoluer pour essayer de s'affranchir des règles classiques. A côté, le jazz vocal masculin fait plutôt pâle figure car, chez les hommes, l'enjeu est bien moins important. Il est surtout affaire de séduction, de charme, de romantisme et de virilité...

Des Notes au féminin dans la Note blanchePour cette émission, vous entendrez dans un premier temps une des plus grandes voix du jazz : Nina Simone ! Au départ la chanteuse se destinait à une carrière de pianiste classique et elle dut jouer dans les nights-clubs pour financer ses études à la Julliard. Plus tard, Nina Simone chanta par hasard pour satisfaire ses obligations durant l'été 1954 à Atlantic City. La chanteuse qui s'accompagne remarquablement est condamnée à la sobriété tout comme Billie Holiday ne serait-ce qu'à cause d'une tessiture limitée. En revanche, cette femme extraordinaire tourne ce handicap à son profit. Sa parole sévère épanche une beauté à la fois étrange et familière, mirifique et immédiatement reconnaissable. Du morceau I Love you Porgy sorti en 1957 à Black is the color, en 1959, la chanteuse affirme ses traits engagés, et simultanément, sa silhouette de déesse africaine réincarnée. De plus, Nina Simone était contre la ségrégation sociale et culturelle et contre la honte d'être noir. En d'autres termes, la honte absurde d'être l'exploité et d'être la victime des prédateurs. Pour résumé, le chant de la chanteuse n'a cessé de s'élever pour donner courage grâce à sa voix mezzo-soprano qui assombrit et dramatise la chaleur et la force de son timbre...

My Baby just cares for me, Nina Simone :

                                                                                  

Au revoir Daevid...

Le chanteur, poète et guitariste, fondateur des groupes Soft-Machine et Gong, est décédé à l’âge de 77 ans. Début février, Daevid Allen publiait une lettre où il annonçait sa décision d’abandonner son traitement contre le cancer. La maladie avait repris le dessus. On ne lui donnait plus que six mois à vivre. 



«Je n’ai pas envie de subir des interventions chirurgicales à répétitions, en fait c’est un soulagement de savoir que la fin est en vue (...) J’espère seulement que durant ce voyage j’aurai contribué d’une certaine manière au bonheur quelques uns de mes semblables humains», écrivait-il avant de conclure : «Je vous aime et serai avec vous toujours». 




David Allen nous a quitté le 13 mars dernier. Cofondateur des groupes Soft Machine et Gong, son nom restera attaché à une vision hédoniste de la vie à laquelle il n’a jamais dérogé. Avec sa tête de gourou hippie indécrottable, l’inventeur des Pothead Pixies, de Radio Gnome, de Zero the Hero et de bien d’autres représentants d’une mythologie cosmique et comique, il résume à lui seul l’euphorie d’une époque où toutes les folies semblaient possibles...


Articles : 

Biographie Daevid Allen "Le Gong a sonné"
http://www.lemonde.fr/musiques/article/2015/03/13/le-gong-a-sonne-pour-daevid-allen_4593231_1654986.html

Les Inrocks "Coup de Gong"  :

Discographie Daevid Allen (Discogs) :